Santé MAG
 

ENTRETIEN REALISE AVEC LE Pr LUC DOUAY,
MEDECIN BIOLOGISTE MEDICAL

Directeur de l'équipe "Prolifération et différenciation
des cellules souches", Centre de recherches Saint Antoine,
Université Pierre et Marie Curie

Propos recueillis par : Nahla Rif

C’est « une percée majeure pour la médecine transfusionnelle ». En septembre dernier, des chercheurs français, à leur tête le professeur Luc DOUAY, ont réussi la première transfusion humaine à partir de cellules souches. Une découverte qui précède la création de banques de sang artificiel. Un autre challenge pour l’équipe du Professeur Douay qui nous explique dans cet entretien la portée scientifique de cette expérience cruciale.

- La durée de vie et le taux de survie des cellules cultivées sont similaires à ceux des globules rouges «classiques».
- Les globules r ouges artificiels pour raient constituer une réserve illimitée de cellules sanguines et une alternative aux produits de transfusion classiques.
- La production à grande échelle de ces cellules requiert des progrès technologiques et ne sera possible que dans tr ois ou quatr e années

Santé mag :
- Après plusieurs années de recherches sur la production en laboratoire de globules rouges cultivés (GRC) à partir de cellules souches, vous avez réussi à réaliser un exploit, faut-il dire, sur un patient, une auto transfusion de globules rouges. C'est une première mondiale!?
C’est une première mondiale, en effet. Il faut savoir que le premier résultat probant a été obtenu à l’issue de tests en laboratoire sur des souris puis nous avons tout récemment réalisé, avec succès, une autotransfusion sur un patient. Nos travaux de recherche ont, finalement, abouti à la transfusion d’un malade à partir de ses propres cellules souches. La nouveauté réside dans le fait que les patients, ayant besoin d'une transfusion sanguine, deviennent leurs propres donneurs.

- Vous avez déclaré dans des entretiens, parus dans les différents revues scientifiques, que sur le plan qualitatif, "ce" sang artificiel possède une efficacité transfusionnelle certaine, qu'en est-il de l'aspect quantitatif, sachant que les globules rouges transportant l'oxygène dans l'organisme représentent environ 85 % des besoins en transfusion ?
Nous étions en situation tautologique mais nous comptons arriver à faire des banques de cellules souches de sang du cordon ombilical de façon plus intéressante, c'est-à-dire à partir de cellules souches pluripotentes, obtenues après modification de leurs caractéristiques très semblables aux cellules embryonnaires.
La production industrielle de sang artificiel n’est pas encore possible mais elle est à l’ordre du jour. Il est évident que notre but, mon équipe et moimême, est de créer une banque de cellules souches et de suppléer les carences en approvisionnement, notamment dans les pays en voie de développement . Cette technique s’utilisera essentiellement pour les personnes à groupes sanguins rares.
Nous espérons arriver à produire des globules rouges pour tout le monde mais dans un futur plus lointain. Peutêtre dans trois ou quatre années. Nous devons transcender encore certains obstacles. C’est un autre challenge !

- Quels sont les malades (atteints de quelles pathologies) que cette découverte intéresse, voire concerne en premier ? Pourquoi?
Il faut savoir qu’en Afrique des centaines de millions de patients fréquemment transfusés sont atteints de la drépanocytose qui est une maladie très courante. Les transfusions à répétition et continues les immunisent. C’est dans ce cas de figure que l’autotransfusion devient intéressante. Elle concerne aussi les maladies du sang comme les leucémies, les maladies de la moelle osseuse qui passent également par les transfusions ou encore certaines maladies congénitales. Les globules rouges obtenus en laboratoire constituent une solution alternative dans les cas évoqués également, vu qu’ils remplacent et constituent un support à la transfusion.
Mais, pour l’heure nous avons toujours besoin de donneurs !

- Comment obtient-on ces globules rouges?
Le sang artificiel est obtenu à partir de ces cellules souches hématopoïétiques. Nous reproduisons en laboratoire des milliards de globules rouges, grâce à des additifs spécifiques appelés «facteurs de croissance» •