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LE DIABÈTE ,
le tsunami du 21ème siècle

Interview réalisée par : Loubna Zahaf  

Le diabète est en plein progression dans le monde entier et curieusement il progresse plus rapidement dans les pays en voie de développement que dans les pays développés. Alors que dans le passé on disait que le diabète est la maladie des riches. C’est faux. Le professeur Mohamed Belhadj, chef de service médecine interne, diabétologie à l’EHU 1er novembre d’Oran. Il nous parle dans cet entretien de ce qu’il appelle le tsunami du 21ème siècle qui est le diabète, ses complications et les moyens de prévention.

Santé Mag : Pourquoi l progresse-t-il rapidement ?
PrMohamed BELHADJ : Premièrement parce que les gens se nourrissent de plus en plus mal. Ils ne respectent plus l’équilibre alimentaire. Ils mangent plus de sucreries et boivent plus de limonade. Deuxièmement, la sédentarité. Les gens ne marchent plus. Ils prennent le transport pour se déplacer. Ils ont des véhicules individuels. Ils passent leur temps en face de la télé. Le fait de passer 3h assis en face de la télé, c’est un facteur de risque. Or quelle est la personne qui ne passe pas 3h devant un écran télé ? Les enfants maintenant avec les jeux car il faut aussi parler du diabète de l’enfant qui est aussi en progression. Avant, on parlait du diabète de l’adulte, actuellement, il touche même les enfants. L’enfant gros sédentaire. Il y a le diabète de type 2 qu’on peut retrouver chez les enfants. Cela veut dire qu’on a une sonnette d’alarme à tirer et il faut que desmesures de prévention soient prises. Dans ces mesures de prévention, il y a l’équilibre alimentaire et puis il y a l’activité physique.
Troisièmement, la longévité. On vit plus longtemps et plus on vit, plus on est exposé au diabète. En Algérie, on est passé d’une moyenne de vie de 50 ans à 78 ans, actuellement. C’est l’espérance de vie à la naissance. Tous ces facteurs doivent être pris en charge, ils doivent être réfléchis pourmener une politique de prévention. Prévention primaire parce qu’on sait que le diabète on peut le prévenir. Beaucoup d’études l’on prouvées. Comment ? Et bien en mangeant correctement et en ayant une activité physique. Il faut lutter contre l’obésité. Il faut lutter contre la sédentarité. Lesmesures sont simples et ne coûtent pas cher.

Santé Mag : On entend beaucoup parler de l’équilibre alimentaire mais, beaucoup de gens ne connaissent pas sa signification exacte. Comment ssurer
un équilibre alimentaire dans ce monde où le fastfood est devenu le repas n°1 ?

Pr Mohamed BELHADJ :Il faut manger beaucoup de légumes et fruits par jour. Eviter les produits trop sucrés, les produits trop gras, les produits trop riches en calories, ayant une teneur calorique très importante. Il faut donc revenir à une alimentation de nos grands-parents avec beaucoup de légumes, de la salade…
Maismaintenant les fast-food on les trouvent partout dans lemonde et qu’est ce qu’il servent ? Que des aliments trop gras.

Santé Mag : Est-ce que l’obésité conduit automatiquement au diabète ?
Pr Mohamed BELHADJ : 80% des diabétiques de type 2 sont obèses. L’obésité mène tout droit vers le diabète. Maintenant on parle de syndrome métabolique où vous avez l’obésité, l’hypertension, une distipénie, les lipides qui sont en augmentation. Le dénominateur commun qu’on voit à l’oeil nu c’est le gros ventre. Le tour de taille. Vous n’avez pas besoin de faire un bilan lorsque vous avez un tour de taille important pour l’homme ou la femme. Celà veut dire qu’il y a déjà un problème. Lorsque la femme a un tour de taille supérieur à 80 cm et l’homme supérieur à 94 cm, le risque de diabète est déjà là. Le tour de taille est le pourvoyeur d’hypertension et du diabète parce que la graisse abdominale est une graisse active qui va secréter certains produits, des hormones pratiquement.

On les appelle des adipocitoquies qui peuvent influer sur l’hypertension artérielle et sur le diabète.

Santé Mag : Quels sont les différents types de diabète qui existent ?
Pr Mohamed BELHADJ : Il y a des dizainesde types de diabète. Il y a deux types de diabète les plus connus et le type 2 qui est le plus fréquent. Il peut toucher aussi bien l’adulte que l’enfant. Avant, on disait le diabète de l’adulte. Maintenant, ce type de diabète peut toucher même l’enfant. Il touche entre 80 et 90% de la population. Quels sont ses caractéristiques ?
Il y a toujours un antécédent familial. Le père est diabétique ou la mère. Le poids est toujours présent. Ce type de diabète n’a pas besoin d’insuline au début mais au bout de dix ans, ils auront besoin d’insuline.
L’autre diabète, est le diabète de type 1 qui dès le départ, il a besoin d’insuline et le sujet est maigre. Il touche préférentiellement les enfants, les jeunes.Mais il peut toucher tout âge. Pour ce type de diabète, l’insuline est vitale.
Vous donnez au début de l’insuline à petite dosesmais au bout de quelquesmois, l’insuline devient absolue. Si le sujet n’a pas sa dose d’insuline, Il peut faire un coma parce que le pancréas ne fonctionne plus.
Alors pour les autres types de diabète, il y a les diabètes mono- géniques qui sont dus au disfonctionnement d’un seul gène. Il est rare. Il ya de diabète auto-humain qui sont dus aux anti-corps. Il y a des diabètes associés à une mal formation qu’on découvre surtout en pédiatrie. Il s sont dus aux maladies du pancréas. Il y a le diabète qui est en relation avec l’accouchement. C’est le diabète gestationnel. Il est important de le souligner car ce type de diabète est pourvoyeur de macrosomies. De gros enfants à la naissance qui pèsent plus de 4 kilos et des problèmes de dystocie au moment de l’accouchement ; dystocie qui signifie des complications au moment de l’accouchement.
Ce type de diabète, doit être dépisté. Il peut être décelé, pour la première fois, pendant la grossesse. Il peut évoluer n’importe comment après. Dès que la femme tombe enceinte, elle devrait avoir une glycémie pour savoir son état de santé parce qu’il y a beaucoup de diabétiques qui sont méconnus.
Dans le diabète de type 2 un diabétique sur 2 est méconnu. Il faut donc le dépister. S’il n’est pas dépisté, il passe inaperçu. Le problème du diabète est qu’il est silencieux.

Santé Mag : Comment adhérer à ce réseau ?
Pr Mohamed BELHADJ : Chaque médecin fait adhérer ses malades. Le réseau est en commun aussi avec un document partagé qui est un livret où il y a tous les renseignements sur le malade, sur sa maladie et n’importe quel médecin peut le consulter.

Santé Mag : Quels conseils donnez-vous aux malades qui délaissent le traitement médical et s’orientent vers la les charlatans pour des soins avec des herbes ?
Il faut faire la guerre à cette médecine. On sait qu’il y a beaucoup d’herbes qui font baisser les sucres. Mais le risque avec ces herbes est qu’ils peuvent faire baisser le sucre plus qu’il n’en faut. Elles peuvent donner des hypoglycémies graves ou bien elles peuvent agir sur d’autres organes Elles peuvent être toxiques si on dépasse un certain seuil. Chez-nous, la phytothérapie n’est pas structurée.

Beaucoup de médicaments sont fabriqués avec ces herbes là mais la différence est que les médicaments sont pesés, dosés et étudiés. En Algérie, il y a tous les médicaments sur le diabète. Il y a pratiquement toutes les classes. Il manque peut- être deux classes nouvelles. Mais toutes les classes qui traitent le diabète sont disponibles.
Dans notre pays, il y a l’un des meilleurs systèmes de prise en charge des malades chroniques. Nous avons une médecine qui n’est pas totalement gratuite mais qui vous permet d’avoir accès aux soins.Vous êtres assuré social, vous ne payez rien du tout. Vous n’êtes pas assuré social, vous avez une carte qui vous donne accès à des médicaments qui vous font vivre. Le malade chez nous ne meure pas du diabète.
Nous avons un système bien fait mais malheureusement, il y a des disfonctionnements.

Santé Mag : Quel est le repas idéal ?
Pr Mohamed BELHADJ : Le petit déjeuner est un moment important de la journée. On a dormi 8h et on va attaquer une journée avec une certaine énergie. Cette énergie est celle que nous donnera le petit déjeune. Donc, il faut un bon petit déjeuner équilibré avec un bout de pain, un yaourt, un verre de lait et un fruit plus un thé ou café, c’est un bon petit déjeuner. Il faut éviter les gâteaux, c’est sucré. A midi, il faut manger léger pour ne pas avoir cette sensation de sommeil et le soir il faut un repas riche. Si vous avez mangé léger à midi, vous allez avoir faim tôt dans la soirée. Un bon diner alors vers 18h30 ou 19h, c’est bien puisque vous allez avoir le temps de digérer.
Mais malheureusement les gens ne prennent pas de petits déjeuners . Ils prennent juste un café. A midi, ils ont faim, ils se jettent sur la nourriture. Ils mangent n’importe quoi et ils consomment de la limonade. C’est du remplissage. Puis dans l’après midi, ils ont sommeil, ils ne peuvent pas travailler. Le soir, comme ils ont bien mangé dans l’après midi, ils n’ont pas envie de manger à 19h.
Ils mangent, plus tard, à 20h ou21h. S’ils dorment tôt, ils n’ont même pas eu le temps de digérer. C’est de cette façon qu’on prend des kilos.
Selon des études qui ont été faites, 25% des diabétiques perdent du poids pendant le ramadhan. Tandis que 25% prennent du poids et 50% gardent le même poids. Donc certains auront un bénéfice du jeun parce qu’ils auront perdu du poids. Une chose est sûre et des études l’ont prouvé, avec une alimentation équilibrée et activité physique, le risque du diabète est réduit jusqu’à 60% sur cinq ans et c’est énorme.

Santé Mag : Un dernier mot ?
Pr Mohamed BELHADJ : Les média ont un rôle important à jouer. Avec des messages en boucle qu’on fait passer peuvent sensibiliser sur le diabète. Comme c’est le cas en Tunisie ou en France. Par exemple, « manger, bouger » ou alors, « manger cinq fruits et légumes par jour ». Des messages simples mais à force de les écouter, on finira par compter combien on a mangé des fruits et légumes par jour.
Le diabète est appelé le tsunami du 21ème siècle. Le 20 septembre, il y a eu une réunion à l’ONU pour discuter justement du diabète qui représente, actuellement, une menace pour l’humanité •