Santé MAG
 
Plaidoyer pour des prélèvements
d’organes et tissus sur patients en mort encéphalique

Colloque international
sur le don d’organes en Algérie
Sous le thème, « don d’organes, don de vie, don de soi » un colloque international a été organisé, à la fin du mois d’octobre, à la faculté de médecine de Tlemcen.

Cette rencontre a réuni des personnalités algériennes et étrangères, cumulant une grande expérience dans le domaine de la transplantation d’organes.
Le Professeur BENMANSOUR, chef de service de néphrologie du centre hospitalo-universitaire de cette ville et président du colloque a indiqué, d’emblée, que la greffe «est une thérapeutique efficace et constitue la seule chance de survie d’un nombre croissant de malades, de tous âge et représente, ainsi, un formidable espoir, dans le sens ou les personnes greffées parlent d’une seconde naissance». Tributaire d’un donneur vivant ou décédé, la transplantation d’organes demeure dans notre pays une activité sporadique par rapport aux besoins de la population. Quelle en est la raison? C’est à cette question principalement que sont attelés à répondre les participants à cette rencontre, tout en tentant de trouver des moyens et des solutions pour la promotion effective de cette médecine transgressive.
Le Professeur Farid HADDOUM, chef de service néphrologie au CHU Neffissa Hamoud de Hussein Dey Alger (ex Parnet) et président de la société algérienne de néphrologie, dialyse et transplantation (SANDT) a soutenu que : « par son importance numérique, sa dimension de santé publique et son impact économique, la transplantation rénale ( deux-tiers des transplantations d’organes dans le monde ), représente le terrain d’ expérimentation de ces

modèles organisationnels exemplaires en médecine ». Selon lui, dans la majorité des pays qui ont développé l’activité de transplantation, des systèmes nationaux de transplantation, des agences nationales de transplantation ou des Fondations pour le don d‘organes, tissus et cellules se sont progressivement mis en place.
«Tout est-il fait, dans notre pays, pour informer les malades de l’alternative favorable que représente la greffe d’organes ? Quels sont les obstacles ? Peut-on parler de droit au choix bafoué, voire du droit à la greffe ignoré ?» s’est interrogé le Professeur HADDOUM.
Plus de 15.000 patients sont, actuellement, traités par une méthode de suppléance en Algérie. Le nombre de cas incidents est estimé à 3500 nouveaux cas, par an. En revanche, le nombre de greffes réalisées ne dépasse pas une centaine de cas, par an. 7000 patients «habitent» les listes d’attentes. Pour la greffe de foie, les besoins du pays, étaient, en 2009, de l’ordre de 15 greffes par million d’habitants ; soit 450 greffes par an. Selon les spécialistes, pour promouvoir l’activité de la greffe rénale, le cercle des donneurs vivants, circonscrit actuellement aux parents de 1er degré (père et mère, enfants et frères et soeurs), doit être élargi aux conjoints, aux tantes et oncles et aux cousins germains.
Mais aussi, un programme national de promotion du don d’organes, à partir de donneur en mort encéphalique, doit être élaboré rapidement. D’autant que l’islam ne s’oppose guère à cette pratique.
En effet, ce type de prélèvement a fait l’objet d’une “fetwa” favorable de la part du cheikh HAMANI, qui s’est référé à un verset coranique qui dit, dans le sens
« les morts servent les vivants ».
Sadek BELOUCIF, dans sa communication «Religions et concept de mort encéphalique» a soutenu qu’« en accord avec les données actuelles de la science, le concept de mort encéphalique est reconnu.
Une personne est “légalement décédée quand il y a arrêt total et jugé irréversible par les médecins, soit des contractions cardiaques et des mouvements respiratoires, soit des fonctions vitales cérébrales avec début de destruction du cerveau”.
Afin de garantir la prééminence et le caractère sacré de la vie, le don d'organe est en conséquence reconnu et valorisé comme une bonne action, à condition d'un consentement, du respect de la personne et d'une non-commercialisation ». Qu’en n’est t-il de l’effet d’un tel don sur le plan psychologique ?
L’équipe du service de chirurgie thoracique et transplantation d’organes du CHU Mustapha a tenté d’étudier l’impact psychologique du prélèvement de rein chez le donneur vivant, à travers une analyse rétrospective entre 2003 et 2009 portant sur 122 patients prélevés.
Conclusion de cette étude : «Les bilans clinique et biologique des donneurs étaient globalement satisfaisants. Les relations entre donneur et receveur ont été souvent renforcées, rarement détériorées, avec le sentiment de refaire le don, si besoin est ; par ailleurs, la qualité de vie n’a pas été altérée par le prélèvement rénal ». A la lumière de ces données, l’équipe du Professeur Chaouch conclue qu’«en l’absence d’obstacles culturels, la transplantation à partir d’un donneur vivant est une alternative globalement positive, médicalement satisfaisante et psychologiquement valorisante» •